"Nos cicatrices ont le mérite de nous rappeler que le passé n’a pas été qu’un rêve."

Avant de reprendre mon cycle consacré à Michael Mann, j'ai envie de finir mon micro cycle consacré à Hannibal Lecter et c'est donc très naturellement qu'après avoir vu les trois premières adaptations cinématographiques, j'ai voulu revoir "Dragon Rouge", film dont je gardais un bon souvenir même si ça faisais un moment que je ne me l'étais pas remater.

Je ne sais pas si c'est parce qu'il est efficace ou si c'est parce que j'ai vu les trois autres films très peu de temps avant mais quoiqu'il en soit, je me suis replongé avec un certain plaisir très rapidement dans ce volet. Avec cette scène d'ouverture qui nous rappelle un fait déjà évoquer dans "Le silence des agneaux" et cette présentation rapide d'Hannibal Lecter et Will Graham qui nous plonge tout de suite dans le sujet, j'ai eu de quoi être captivé et c'est ainsi que le scénario écrit par Ted Tally d'après le roman de Thomas Harris a su me captiver.

Je ne vais pas comparer avec le roman d'origine car je ne l'ai pas lu mais j'ai en tout cas énormément aimé cette seconde adaptation de "Dragon Rouge" au cinéma après "Le Sixième Sens" de Michael Mann. J'ai beaucoup d'affection pour Michael Mann et son travail, j'ai d'ailleurs beaucoup aimé son adaptation mais ici, j'apprécie vraiment beaucoup cette façon de dépoussiéré un peu le film de 1986 afin de le rendre un peu plus contemporain et de coller davantage avec les films où Anthony Hopkins tient la vedette.

Le rythme est différent, c'est plus spectaculaire, on joue beaucoup plus dans le visuel et moins dans le lyrisme mais c'est ainsi que ce long métrage permet de nous proposer quelque chose de différents de ce que l'on avait déjà pu voir. Après on adhère ou pas, c'est un choix personnel, mais de mon côté j'y ait totalement adhérer et je trouve que c'est très efficace surtout que ça apparait assez complémentaire avec ce que l'on a déjà pu voir.

Autre différence notable avec le film de Michael Mann, Hannibal Lecter y ait ici plus présent, plus développé (en même temps les producteurs ont vite compris qu'on se déplaçait principalement pour ce personnage). On retrouve donc un jeu du chat et de la souris plus percutant. C'est une autre approche que le jeu avec Clarice Starling dans "Le silence des agneaux" mais cette confrontation entre Lecter et Will Graham est vraiment intéressante et bien exploité je trouve. On retrouve d'ailleurs pleins d'éléments que j'ai beaucoup aimé dans le premier film avec Anthony Hopkins tout en y apportant une identité propre à ce volet.

L'ensemble reste donc un thriller comme je les aime. Il n'y a peut-être pas toute la finesse nécessaire, le scénario aurait peut-être pu aller encore plus loin pour se démarquer mais en l'état, j'ai quand même pris du plaisir à suivre de nouveau ce récit. De plus, même sans avoir lu le roman, les nombreuses similitudes entre ce film et celui de Michael Mann dans les situations ou les répliques me laissent penser qu'il y a un certain respect du travail de Thomas Harris. Heureusement en tout cas que le film de Brett Ratner montre d'autre chose également car ça m'a évité d'avoir la sensation d'un copier-coller sans intérêt, là, j'ai vraiment eu l'impression qu'on cherchait à aller plus loin.

Si l'histoire m'a donc beaucoup plus, j'ai aussi énormément pris de plaisir devant le casting du film, un casting de luxe qui se voit gratifier d'acteurs que j'apprécie beaucoup dont un Anthony Hopkins toujours aussi jouissif en Hannibal Lecter. Toujours charismatique, le comédien est vraiment remarquable je trouve avec ce personnage. Bien entendu, il y a toujours un peu de surenchère mais ça colle vraiment bien à l’excentricité et le raffinement de son rôle. De plus, on nous le rajeunit un peu (puisque ce volet est sensé se passé avant "Le silence des agneaux") mais c'est jamais ridicule. On est bien loin des maladresses dans l'interprétation et le look de "Hannibal", le précédent volet.

Face à lui, Edward Norton est pas mal du tout en Will Graham. J'avoue avoir eu un peu de mal au début avec sa coupe de cheveux qui ne lui va pas trop bien à mes yeux mais l'interprétation du comédien est très bonne à tel point qu'il m'a vite fait oublié (même si je ne la dénigre pas pour autant), la prestation de William Petersen dans le film de Michael Mann. Edward Norton trouve le ton juste dans sa gestuelle et le timbre de sa voix. Son évolution est ainsi assez subtil dans ses échanges avec Lecter et le duo du chat et de la souris fonctionne à merveille.

J'ai beaucoup aimé aussi Ralph Fiennes en Francis Dolarhyde. Pour le coup, je n'ai pas oublié pour autant la performance de Tom Noonan dans le film de Mann que je trouvais vraiment excellent mais Ralph Fiennes ne démérite pas pour autant. Un peu plus posé, il nous montre une nouvelle facette de ce personnage, un peu plus réservé mais dont la folie est tout aussi terrifiante. Dommage que par moment on est la sensation qu'il en fait un peu trop car sinon, il est vraiment convaincant.

Harvey Keitel en Jack Crawford me plait bien aussi. Je reconnais que c'est un acteur que je connais assez mal et je le regrette car à chaque fois, je le trouve très bon dans son jeu et c'est une nouvelle fois le cas ici. Il réussit bien à s'imposer dans ce casting, il s'impose de façon naturelle en tant que chef sans pour autant voler la vedette au face à face qui oppose Hannibal Lecter et Will Graham. Le comédien m'a convaincu, j'ai aimé sa présence à l'écran et je trouve qu'on le voit juste comme il le faut.

Le reste de la distribution est du même acabit. Chacun fait bien son boulot et s’intègre très bien dans ce récit. Je retiens principalement Philip Seymour Hoffman en Freddy Lounds dont le côté opportuniste est un peu plus exploité. Mary-Louise Parker en Molly Graham ainsi que Ken Leung en Lloyd Bowman sont eux sous exploités tandis qu'Emily Watson en Reba McClane est très bonne mais je trouve quand même que Joan Allen dans le film de 1986 provoquait plus d'empathie chez le spectateur. C'est aussi un plaisir de retrouver avec Anthony Hopkins, Anthony Heald dans la peau du Docteur Frederick Chilton ainsi que Frankie Faison en Barney Matthews. Fait amusant (en tout cas à mes yeux), Barney Matthews est d'ailleurs le seul acteur à avoir joué dans les quatre films consacré à Hannibal Lecter puisqu'on pouvait aussi le retrouver dans le film de Michael Mann dans un petit rôle, celui du Lieutenant Fisk.

Si la filmographie de Brett Ratner ne me fait pas particulièrement rêvée (bien qu'il ait réalisé quelques films que j'apprécie), je suis en tout cas satisfait de son travail dans ce long métrage. Il n'égalise pas du point de vue de la force avec le travail de Jonathan Demme mais il a quand même réussi à éviter les aspects ridicules que Ridley Scott avait pu mettre tout en gardant une bonne trame de cet univers et en y apposant sa propre signature sans faire un copier-coller avec Michael Mann. C'est pas toujours parfait mais l'ensemble est quand même très efficace avec quelques petits clins d’œils que je trouve agréable.

On est ici en présence d'un volet qui possède sa propre âme mais qui n'oublie pas d'être cohérent avec ce que l'on a déjà pu voir. Il y a plusieurs liens qui sont créés avec les films précédents et visuellement, je trouve que le film n'est en rien choquant. Même dans sa violence, je trouve qu'il ne tombe jamais trop dans la surenchère et le réalisateur a su créée une bonne ambiance de thriller sympathique tout en y ajoutant une petite touche de "luxe" qui colle au côté classe d'Hannibal Lecter.

Si je ne suis pas un grand fan de la coupe de cheveux de Will Graham, les différents maquillages sont tout de même bien fait à mes yeux. J'ai apprécié l'effort fait pour rajeunir Anthony Hopkins sans pour autant que ce soit trop tape à l’œil (le look que Lecter avait dans "Hannibal" me dérangeait déjà un peu plus). Les costumes et l'exploitation des décors aussi m'a plu avec ce retour dans le temps qui fonctionne plutôt bien sans être trop lourd.

Avec un montage efficace qui fait que je ne me suis jamais trop ennuyé ni même senti des longueurs, j'ai aimé aussi la photographie générale de cette œuvre qui contribue aussi à lui donner sa propre identité sans avoir cette impression de déjà-vu. Brett Ratner utilise une base solide, il exploite bien les acquis de la franchise tout en nous offrant une nouvelle vision de ce mythe. Quant à la bande originale composée par Danny Elfman, elle est également très bonne sans forcément être novatrice.

Pour résumer, je ne sais pas si le fait de m'être fait les quatre films de la franchise quasiment à la suite a joué ou non mais j'ai énormément apprécié mon nouveau visionnage de "Dragon Rouge" que je n'avais pas revu depuis un moment. Si l'ombre du film de Michael Mann est au-dessus de cette œuvre, Brett Ratner propose une nouvelle lecture du roman de Thomas Harris qui me plait beaucoup. Si ma préférence va toujours pour le volet réalisé par Jonathan Demme, ce quatrième épisode est loin d'être honteux et me fait vite oublier les maladresses du film de Ridley Scott. J'ai beaucoup aimé le scénario, l'interprétation du casting de luxe est excellente, la mise en scène efficace bref, j'ai pris du plaisir devant ce film qui a toute sa place dans la saga Lecter à mes yeux.

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4.5