"Le petit copain de Patricia l'emmène à Paris pour le week-end, le mien me traine dans une carrière désaffectée."

Je me souviens très bien que lors de sa sortie "Eden Lake" m'avait un peu déçu même si c'est avec le recul que je me suis mis à le trouver un peu plus intéressant. Je m'étais toujours promis de lui laisser une seconde chance et même si il m'a fallu du temps, c'est maintenant chose faite puisque j'ai eu l'occasion de le revoir en Blu-Ray récemment.

On peut dire que j'ai bien fait de lui laisser une seconde chance. Maintenant que je savais à quoi m'attendre, ce scénario écrit par James Watkins m'a un peu plus parlé. Je me souviens que ma déception à l'époque venait surtout du fait qu'on me l'avait vendu comme un film d'horreur (même Allociné d'ailleurs le classe un peu dans cette catégorie...). Cependant, si ici il est bien question d'une horreur sociale, le film est avant tout un thriller haletant qui se situe plus du côté d'un "Délivrance" ou d'un "Chien de pailles" (d'ailleurs le réalisateur lui-même ne considère pas ce film comme un film d'horreur et assume le parallèle avec ses films).

Du coup, c'est comme tel que je l'ai vu cette fois-ci et c'est comme tel que j'ai passé un bon moment en étant pris de bout en bout. Je ne suis plus trop mitigé dans mon ressenti et je trouve même le débat que lance ce long métrage sur l'importance de la responsabilité des parents et la violence de plus en plus accrues chez certains jeunes très intéressant. Par exemple, la scène où l'un des protagonistes cite Tony Montana (célèbre personnage de "Scarface") et porte des lunettes de soleil façon mafieux cinématographique peut même ouvrir la porte au débat sur l'influence que ses jeunes peuvent avoir sur le monde qui les entoure ainsi que leur vulnérabilité lorsqu'il n'y a pas l'encadrement nécessaire.

Après, il y a quand même quelques facilités qui m'ont un peu embêté, des réactions que je trouve assez stupide et une fin un peu maladroite même si le dernier plan qui glace le dos peut nous permettre de continuer le débat. Quoiqu'il en soit, ce second visionnage m'a vraiment permis de réhabiliter le film à mes yeux et même si je continue de lui trouver de nombreux défauts dans son traitement (le couple est très léger à mon sens), la tension qui est généré ici et qui s’accélère jusqu'à son aboutissement m'a beaucoup plu.

Le casting est lui aussi très bon. Comme je viens de le dire, le couple m'a paru un peu léger dans son côté parfois trop moralisateur (que ce soit dans leurs propos ou dans leurs regards face à ce village), trop lisse mais le duo Kelly Reilly - Michael Fassbender, respectivement Jenny et Steve, reste quand même très bon. Si Michael Fassbender finit par vite s'éclipser, le scénario se recentre assez vite sur la survie du personnage de Jenny. J'ai bien aimé le fait que ce soit elle qui montre plus de preuves de lutte quitte à réveiller en son personnage toute son animalité (la scène où elle voit son reflet est vraiment pas mal).

Les jeunes comédiens qui vont se lancer totalement gratuitement à la poursuite de ce couple sont eux aussi très bon. Bien mené par un Jack O'Connell angoissant à souhaits en Brett, le reste de la troupe va suivre. C'est parfois facile à tel point que j'ai parfois eu du mal à croire qu'ils aient suivi leur chef sans chercher à s'enfuir (même si je conçois le pouvoir de manipulation et l'aura qu'il peut avoir face à eux) mais ça marche. Ils ne sont pas tous vraiment exploités comme il le devrait, le personnage de Brett s'imposant comme le seul et véritable leader mais les comédiens sont quand même suffisamment angoissant pour apporter de la crédibilité à cette traque.

Le gros point fort du long métrage, c'est la réalisation de James Watkins. Ce dernier va nous offrir des plans qui sont redoutablement efficace et qui vont contribuer pour beaucoup à cette tension que j'ai ressentie. Il y a certes quelques plans prévisibles mais c'est bien fait. Après, le montage fait que je ne me suis pas ennuyé (la durée assez courte du film aide bien également) mais dans l'exploitation des décors (très bons au demeurant), j'ai quand même trouvé que l'on tournait parfois un peu en rond.

Les personnages reviennent un peu trop souvent sur leurs pas, leurs directions n'est pas souvent justifiés, la nuit tombe aussi brutalement que le jour se lève et au final, j'ai parfois eu la sensation qu'on utilisait seulement une petite partie de cette forêt qui offre pourtant un cadre de jeu impressionnant. Là où un "Délivrance" nous montrait la nature environnante comme un personnage à part entière et un danger omniprésent, je trouve ça dommage qu'ici ce ne soit pas totalement le cas.

Après, les maquillages sont plutôt bons. Je comprends que parfois on ait aussi cité "The Descent" en référence mais bon, je préfère ne pas trop partir sur ce terrain car je veux vraiment voir ce film comme étant un thriller plutôt que comme un film d'épouvante. On sent en tout cas ici la terre, la boue, la sueur etc etc dans ce combat. Quant à la musique signée David Julyan, elle s'intègre bien aussi dans cette atmosphère pesante sans pour autant trop se faire ressentir ou prendre le dessus en terme d'artifices.

Pour résumer, ce second visionnage a été bénéfique à "Eden Lake". En condition et sachant à quoi m'attendre, j'ai nettement plus apprécié ce très bon film qui doit beaucoup à sa réalisation et à son fond qui ouvre un débat intéressant. Dommage que l'ensemble soit parfois assez facile malgré la tension généré (il y a vraiment trop de réactions que je trouve stupide et qui m'ont parfois fait sortir de l'intrigue) mais rien que pour son débat de fond et sa mise en scène ce thriller vaut le coup d'œil.

3.5