"Il n'y a pas de meurtres au paradis."

Entre la bande annonce qui me laissait présagé d'un thriller passionnant sur des meurtres d'enfants (dont j'ignorais alors que l'histoire était inspirés de faits réels) et un casting de grande classe, "Enfant 44" avait tout pour me plaire dès le départ et c'est donc tout naturellement que j'ai fait le déplacement en salles pour le découvrir.

Effectivement, le scénario écrit par Richard Price d'après le roman de Tom Rob Smith (inspirés du tueur en série Andreï Tchikatilo) possède beaucoup de choses qui m'ont plu. Le film a d'ailleurs eu sur moi un petit côté fascinant. J'ai été pris de bout en bout par cette intrigue. Très amateurs des histoires de serial killer, celle-ci a en plus pour elle le fait d'être placé dans une société totalitaire ce qui la rend encore plus dangereuse avec son côté plein de déni et de manipulation de la population par le gouvernement en place.

D'ailleurs, le film a longtemps eu à mes yeux tout pour faire partie des films qui pourraient me marquer. Cependant, il s'avère qu'il a néanmoins réussit à me perdre un peu en cours de route. Non pas qu'il soit difficile d'accès (bien au contraire, même avec les aboutissants politique le film est assez simple à comprendre et à suivre) mais le scénario devient vite brouillon à force de vouloir nous donner des tonnes d'informations qui ne sont pas nécessaires.

En fait, même si cela peut paraître basique, j'aurais aimé que le film se concentre plus sur l'enquête pour capturer le tueur, j'aurais aimé en savoir plus sur ses motivations, sur ce qui le guide. Je pense qu'on aurait pu tout aussi bien creuser les difficultés de l'enquête dans cette société totalitaire sans pour autant alourdir le sujet avec ses histoires d'espionnages et de trahison. L'histoire avec les jumelles alourdissent pas mal aussi l'ensemble. A plusieurs reprises, j'ai eu la sensation de voir plusieurs films en un et je pense (peut-être à tort) qu'il aurait été plus judicieux de se concentrer davantage sur l'enquête. Je suis convaincu qu'avec cette dernière, on aurait quand même pu traiter tous les thèmes qui sont abordés ici. Quoiqu'il en soit et malgré mes réserves, le long métrage n'en demeure pas moins efficace.

Si le film reste efficace, c'est aussi parce que le casting est convaincant et fait son boulot. Par moment, j'ai eu l'impression de voir une Russie un peu caricaturale mais cela ne m'a pas empêché de trouer cette distribution crédible à commencer par un Tom Hardy très bon en Leo Demidov. Ce n'est peut-être pas le rôle de sa carrière mais il s'en sort bien je trouve. Le comédien a su garder son charisme et il réussit même à apporter de la sympathie à son personnage même lorsqu'on peut trouver ses actes douteux. Le fait de se dire qu'il est manipulé aussi par ce système aide un peu mais l'acteur dans son interprétation apporte beaucoup quand même à la sympathie que j'ai pu avoir envers lui. De même, je trouve l'évolution de ce personnage ainsi que de son caractère très intéressant.

A ses côtés, j'ai bien aimé aussi Noomi Rapace en Raisa Demidov. Ce n’est pas forcément une actrice qui me fait déplacer en salles mais je trouve son jeu très intéressant également et ici aussi, elle m'a bien plu. Pourtant effacé au début du long métrage, son rôle va avoir de plus en plus d'importance avec un traitement là encore intelligent qui lui permet d'évoluer dans cette intrigue et de ne pas servir juste pour une romance basique. Son utilité est parfois un peu facile (il y a des scènes je ne vois pas trop ce qu'elle est sensé faire sur place) mais l'actrice fait bien le boulot.

Derrière ce duo, on retrouve une multitude de seconds rôles tout aussi bien les uns que les autres. Il y a bien sûr une petite frustration de ne pas les voir développer davantage mais bon l'intrigue est déjà assez lourde comme ça. C'est en tout cas le cas pour Fares Fares (que j'apprends à découvrir ces temps-ci) en Alexei Andreyev, très bon, que l'on voit un peu au début avant de vite se faire éclipser. Je pense aussi à Paddy Considine en Vladimir Malevich qui sans trop en dire à son sujet n'apparait clairement pas assez dans le film pour pouvoir exploiter ses motivations.

Joel Kinnaman en Wasilij Nikitin m'a lui aussi semblé sous exploité. J'ai eu du mal à cerner son évolution et ses actes douteux sont parfois traités avec un peu trop de facilités. Quel frustration également de voir aussi peu Gary Oldman dans la peau du Général Mikhail Nesterov. Pourtant, ce dernier offre un tandem avec Tom Hardy que j'ai bien aimé mais il y a de quoi rester sur sa faim malgré tout, ce personnage n'ayant pas l'importance qu'il aurait pu avoir.

Après, il y a des seconds rôles qu'on voit moins mais ça me marque moins car je trouve cela plus compréhensible au regard du scénario. Par exemple Vincent Cassel en Major Kuzmin apparait juste quand c'est nécessaire. L'acteur l'incarne bien même si son accent joue parfois aussi sur la caricature. Jason Clarke en Anatoly Brodsky montre lui aussi de belles choses tout comme Charles Dance en Major Grachev. Ce dernier n'apparait que quelques minutes mais il s’intègre bien dans cet univers. Il n'y a que Nikolaj Lie Kaas en Ivan Sukov que j'ai moins aimé. Pas très crédible, facile et prévisible, son jeu ne m'a pas marqué et on devine assez vite l'évolution que va subir ce personnage dans cette intrigue.

Concernant la mise en scène de Daniel Espinosa, je trouve qu'il y a du bon et du moins bon. Sa réalisation reste agréable à suivre, le réalisateur a su recrée une bonne ambiance avec une atmosphère pesante qui joue sur la tension générale de l'intrigue cependant, il y a quand même plusieurs moments où je trouve que c'est assez mal filmé. C'est surtout le cas lors des scènes avec un peu d'action où je trouve que la lisibilité n'est pas terrible du tout.

Avec la caméra trop tremblante, que ce soit lors de la bagarre finale dans la boue, l'attaque dans le train ou encore l'ouverture en pleine guerre, on ne comprend pas toujours ce qui se passe à l'écran. Dommage que ses scènes ne soit pas plus soignés. Pour le reste, sa caméra est bien posée et on suit l'intrigue de façon certes un peu classique mais efficace. Il manque sans doute juste une véritable identité à ce film pour vraiment me marquer l'esprit. Il n'y a pas de folie visuelle ou une âme vraiment forte. J'ai eu la sensation de voir une Russie totalitaire comme je l'ai déjà souvent vu au cinéma.

Il n'empêche, les décors sont quand même plaisants et il y a aussi un bon travail qui a été fait sur les différents costumes. La photographie aussi est pas mal même si elle n'a rien de remarquable. Le montage fait bien le boulot, après, c'est vraiment dommage que le film possède de lourdes longueurs. Ça vient peut-être du scénario que je trouve trop lourd, qui aurait mérité de se concentrer davantage sur la traque du tueur à mes yeux mais bien que je sois resté accroché jusqu'à la fin, le film aurait pu être ponctionné d'une bonne demi-heure que cela aurait été mieux. L'ensemble s'étire un peu trop selon moi. Quant à la bande originale composée par Jon Ekstrand, elle fait de son côté le boulot sans trop de risques pour elle aussi.

Pour résumer, "Enfant 44" est un très bon film... Et c'est bien dommage car il aurait pu être davantage encore s’il ne s'était pas vu alourdir d'une intrigue qui part dans trop de direction ainsi qu'une mise en scène qui manque peut-être d'un peu d'âme. Malgré ça et porté par une distribution de luxe, le film a réussi à me captiver et j'ai passé un bon moment. Sans doute un peu trop long à mon goût quand même, c'est un film que je pourrais revoir mais ce n'est pas la claque qu'il aurait pu être. Je suis sorti de ma projection en restant sur ma faim même si j'ai quand même eu la sensation d'avoir vu un très bon film, c'est déjà ça...

3.5