"La guerre est devenue un jeu vidéo en vue subjective."

Avec "Bienvenue à Gatacca", l'association entre Andrew Niccol et Ethan Hawke a déjà fait ses preuves à mes yeux et bien que je n'ai pas encore vu "Lord of war" (même si c'est prévu), c'est avec une certaine attente que je me suis diriger vers mon cinéma afin d'aller voir "Good kill" surtout que le sujet avait tout pour faire un film passionnant.

Et passionné je l'ai été. Je n'ai sans doute pas été pris par ce film autant que je le devrais (ce n'est pas uniquement la faute du long métrage, je suis assez hermétique à la guerre au cinéma...) mais ce scénario écrit par Andrew Niccol m'a vraiment captivé. J'ai trouvé ça vraiment très original cette façon de nous montrer ce combat et l'utilisation de drones que l'on voit jamais au final accentuant un peu plus la sensation d'être Dieu pour celui qui décide d'appuyer sur le bouton.

Bien qu'assez prévisible sur son questionnement, j'ai quand même apprécié le débat que soulève ce récit. Il n'apporte pas forcément beaucoup de réponses, nos protagonistes acceptant pour la plupart cette fatalité, mais il est toujours bon je trouve de poser certaines questions et de mettre une humanité dans le débat. Qui doit vivre ou mourir ? Qui a le droit de prendre cette décision ? Qui est le plus responsable, celui qui ordonne ou celui qui exécute ? Comment finir cette guerre ? Jusqu'où peut aller l'hypocrisie d'un gouvernement ? En allant plus loin, notre adversaire ne finira-t-il pas lui aussi par aller plus loin accentuant chaque jour un peu plus la violence et la haine ? Combattre sans être face à son adversaire, est-ce honorable ? "Éduquer" les militaires comme si ils étaient face à une console de jeu n'est-ce pas les éloigner de la réalité ? Comment s'insérer dans une société où l'uniforme sert d'artifice ?...

Tout ceci n’est que quelques questions parmi tant d'autres mais il est vrai que même si on s'attend à ce genre de questions, j'ai vraiment apprécié qu'ils aient été soulevés. De même, à travers notre héros, j'ai beaucoup aimé que l'on essaie d'installer malgré tout l'humanité au centre de tout ceci. Voir le Commandant Tom Egan douter, déprimer, s'enfermer sur lui-même et voir que son travail à une grande incidence sur sa vie de famille, sa personnalité et son "bien-être" permet de rendre ce récit encore plus fascinant.

C'est ainsi que cette histoire, bien qu'un peu répétitive par moment, a su me fasciner de bout en bout sans jamais créer le moindre ennui de mon côté. Bien que l'on s’attende un peu à ce type de fin, le film a su quand même m'emmener avec lui. Plus que pour son aspect "film de cinéma", c'est surtout parce qu'il m'a permis durant toute ma projection de m'interroger moi-même sur le sujet, et même après le générique de fin, que j'ai apprécié découvrir cette œuvre. Je garderais la plupart de mes opinions pour moi car ce n'est pas le sujet mais j'aime cette façon d'interpeller le spectateur et de le mettre au centre du débat.

Le film fonctionne aussi à mes yeux grâce à la performance des différents comédiens à commencer par Ethan Hawke en Commandant Tom Egan. Constant de bout à bout, l'acteur en fait peut-être parfois un peu trop mais en accentuant les traumas de son personnage, on s'identifie mieux à son rôle. Il a ses défauts mais j'ai eu beaucoup d'empathie pour lui surtout que le comédien à très bien su retranscrire dans son jeu la détresse morale de notre héros. J'ai apprécié le fait qu'il soit dépeint comme quelqu'un de calme, serein et qui pèse chacun de ses mots et de ses gestes bien que par moment ça explose à force de tout garder en soit. Ethan Hawke est vraiment très bon en tout cas dans ce registre.

Il aurait même pu porter le film sur ses épaules. Seulement voilà, à ses côtés il est bien secondé par un Bruce Greenwood en Lieutenant-Colonel Jack Johns que je trouve excellent. Très charismatique, il fait un leader naturel et s'impose brillamment dans l'histoire sans pour autant être trop en avant ni en faire des tonnes. Le comédien est vraiment très bon et c'est aussi pour cela que ses échanges restent passionnants. J'ai aimé en tout cas le traitement de ce rôle qui nous le présente comme un chef avec l'autorité nécessaire sans pour autant trop accentuer sa supériorité hiérarchique. On sait que c'est lui qui donne les ordres et pourtant, il parait en même temps au même niveau que son équipe ce qui est une bonne idée.

J'ai été assez surpris par Zoë Kravitz. C'est une actrice que je découvre petit à petit, que je commence même à apprécier assez fortement, mais je dois avouer que je ne la voyais pas du tout dans ce genre de production. Pourtant, dans la peau de Vera Suarez, elle m'a vraiment convaincu. Elle apporte une touche de féminité qui fait plaisir sans pour autant s’éclipser. Elle s'impose dans ce groupe et même le jeu du chat et de la souris de son personnage avec Tom Egan n'est pas forcément utile et assez mal amené, j'ai quand même bien aimé sa prestation.

A l'inverse, j'ai trouvé January Jones en Molly Egan un peu plus en retrait. Fort heureusement, elle ne sert pas que de belles plantes et son rôle apporte pas mal de chose au niveau de la vie personnelle de notre héros mais j'aurais aimé que son traitement soit un peu plus fin que le simple portrait de la femme blasé qui se bat contre un mur et qui ne reconnait plus son mari. Après, elle fait bien le job et ses apparitions ne sont pas inintéressante bien au contraire mais je pense qu'on aurait pu aller plus loin.

Le reste du casting est du même acabit. Chacun fait son boulot et reste à sa place. Personne ne m'a véritablement choqué. Jake Abel en Joseph Zimmer apporte un bon contrepoids face au personnage de Tom Egan avec ce caractère je m'en foutisme de celui qui prend la guerre presque comme un jeu et qui ne fait preuve d'aucuns sentiments pour les dommages que cette guerre peut provoquer. Dommage que Dylan Kenin en Ed Christie soit plus effacé car du coup, on a du mal à trouver sa véritable utilité dans cette équipe, son personnage apportant un peu moins souvent son point de vue. J'ai bien aimé aussi (même si on les voit peu) les rôles du policier et du vendeur.

Côté mise en scène, Andrew Niccol m'a paru par le passé un peu plus inspiré. Cependant, sa réalisation reste quand même impeccable. Dans le "bunker" de pilotage, on a le droit à une sorte de huis clos assez intense qui amplifie un peu plus la tension et le stress que peuvent ressentir les pilotes tandis que les vues de drones sont très efficace sachant nous marquer lorsque c'est nécessaire. J'ai bien aimé aussi cette façon de nous montrer la banlieue de Las Vegas avec ses lotissements sans âmes où l'on tente de faire illusion.

Les différents cadres sont vraiment très bons tout comme le montage qui est bien ficelé et aide à ce qu'on ne voit pas trop le temps passé même lorsque l'on sent que l'ensemble devient répétitif. Les décors sont vraiment bien exploités. Il y en a peu et pourtant, j'ai eu l'impression de les voir sous des angles riches et variés. J'ai beaucoup aimé aussi la tension qui est généré par ce film comme par exemple lors des scènes téléphonique avec Langley qui véhicule pas mal de choses.

La photographie ainsi que la lumière sont eux aussi excellente. Que l'on soit dans la base militaire, dans le lotissement ou sur le terrain en guerre, j'ai beaucoup aimé les différents visuels que l'on a apportés à l'écran. On aurait peut-être pu apporter un peu plus d'âme au film mais ça fonctionne et c'est déjà ça pour moi. Quant à la bande originale composée par Christophe Beck, je l'ai bien aimé également. Elle sait se faire discrète et n'étouffe pas trop le film en étant utilisé à bon escient.

Pour résumer, "Good kill" fut pour moi une bonne surprise. Pourtant, il y a un petit côté répétitif dans le fond et déjà vu dans la forme qui font que j'aurais pu ressentir ce long métrage comme n'importe quel autre film de ce genre mais à côté de ça, il a quand même su me captiver de bout en bout. Avec des questions qui ont le mérite de créer un débat, une interprétation excellente et une réalisation efficace, ce film a su m'emmener avec lui bien que je ne sois pas spécialement amateur de film de guerre (je n'ai rien contre ce genre je le précise, ce n'est juste pas mon genre cinématographique de prédilection). Mieux encore, dès le générique de fin, "Good kill" a su se bonifier dans mon esprit à tel point que plus j'y pense et plus je lui trouve de nombreux aspects positifs. Il ne révolutionne sans doute pas le genre mais il n'en demeure pas moins un long métrage à voir à mon sens.



4.0