"Je suis venu chercher une tête..."

Je n'avais pas revu "Hannibal Lecter : Les origines du mal" depuis la sortie en salles du long métrage. Je ne m'en souvenais donc plus trop mais même si il n'a pas forcément une bonne critique, j'en gardais de mon côté un souvenir d'un divertissement imparfait mais plutôt efficace et le fait de le revoir me faisait plaisir.

Ayant encore en tête les quatre précédents long métrage, je me suis donc replongé avec joie dans cette naissance du plus célèbre cannibale et mes impressions au sujet de ce film restent inchangées. Le scénario écrit par Thomas Harris d'après son propre roman n'est pas si mauvais que cela mais il possède quand même beaucoup de petits trucs qui m’empêchent d'y adhérer à fond. Pourtant cette fois-ci, Hannibal Lecter n'est plus vraiment un rôle secondaire qui va aider à faire avancer l'intrigue, il est au centre de l'attention mais la mayonnaise prend assez difficilement.

Cette histoire oscille souvent entre le très bon et le très moyen. Il y a des idées que je trouve vraiment remarquable mais à côté de ça, il y en a d'autres que je trouve beaucoup trop lourde et qui nous font perdre l'intérêt que je peux avoir pour ce personnage mythique. Il y a pourtant une volonté de bien faire, une volonté d'offrir un divertissement qui respecte son matériau d'origine, cela se ressent mais c'est trop inabouti pour réellement convaincre.

Dans les bonnes choses, j'ai apprécié voir comment le "monstre" a pu naitre. Son passé traumatisant devient vite prévisible au fur et à mesure qu'on nous le raconte mais ça reste quand même intéressant. De même, j'ai bien aimé voir l'évolution de son personnage, le voir un peu paumé, puis se chercher avant de devenir un tueur sans scrupule comme on peut avoir l'habitude de le voir au cinéma. Si c'est trop brièvement montré, et là encore avec beaucoup de facilités, l'origine de ses connaissances du corps humain est là aussi sympathique même si facile.

Dans les choses qui m'ont moins plu, je pense principalement à cette romance quasi malsaine qui est bien trop lourde et qui n'apporte rien au récit. Cette ambiance asiatique est elle aussi ridicule. Elle plombe plus le film qu'autre chose en trouvant son paroxysme dans le ridicule lors de la scène d'entraînement qui sonne extrêmement fausse. Cette vengeance de Lecter aussi, qui pourtant aurait pu être jouissive, est montré de façon un peu bâclé je trouve, à l'image du dernier mort où on se dit quand même "Tout ça pour ça !".

Mais bon, ce n'est quand même pas mauvais et même si le film possède énormément de maladresses, avec lui je vois plutôt le verre à moitié plein. Malgré une frustration certaine, j'ai de nouveau passé un bon moment surtout qu'il y a un humour léger qui n'est pas déplaisant. La violence en revanche est sans doute un peu trop omniprésente. Par moment, on a la sensation d'avoir du gore gratuit ce qui me rend encore plus triste de voir que la psychologie de Lecter, son raffinement ainsi que sa subtilité soient ainsi passé à la trappe rendant cet aspect de sa personnalité un peu ridicule par moment comme lorsqu'on nous le montre en train de dessiner.

Passer après Brian Cox et surtout Anthony Hopkins qui a donné ses lettres de noblesses au personnage, ce n'était pas chose aisé. Gaspard Ulliel s'en sort bien en Hannibal Lecter. Il n'a clairement pas le charisme et la présence de ses deux prédécesseurs mais ce n'est pas trop choquant dans le sens où on nous le montre encore un peu jeune. Après, c'est dommage qu'il cabotine pas mal, son surjeu ne fonctionne pas toujours même si ce n'est pas très choquant. On ressent en tout cas son envie de bien faire, son envie d'être le plus proche possible du jeu d'Anthony Hopkins tout en y apportant sa propre personnalité. Ça ne fonctionne pas toujours mais je trouve l'effort plutôt louable et encore une fois, sa performance est loin d'être honteuse à mes yeux.

Par contre, pour le reste de la distribution, il manque clairement un personnage fort pour équilibrer la balance avec Hannibal. Dans le lot, le plus déjanté est sans nul doute Rhys Ifans en Vladis Grutas mais son rôle trop excentrique fait que j'y ait quand même cru moyennement. Même constat avec Dominic West qui apparait bien faible en Inspecteur Popil après des performances comme celle de Jodie Foster, William Petersen, Edward Norton et même Julianne Moore plus convaincante à affronter Lecter.

Gong Li dans la peau de Lady Murasaki est pour sa part le personnage qui plombe le plus le récit. J'ai vraiment pas du tout accroché à chacune de ses scènes et la comédienne ne m'a pas vraiment aidé. Elle n'est pas mauvaise mais je l'ai trouvé assez quelconque voir même parfois totalement transparente. Le film aurait sans doute été un poil meilleur si on ne c'était pas trop éterniser autour de son personnage. J'ai apprécié sinon la bande à Grutas même si ça surjoue aussi avec quand même un plaisir de retrouver l'acteur Kevin McKidd en Kolnas.

A ce jour, c'est le seul film que j'ai vu de Peter Webber et son travail ne me donne pas spécialement envie d'en voir davantage. Ce n’est pas mauvais là encore mais à l'image du film, on a du très bon et du très moyen. Globalement, ça reste quand même bien filmé même si je ne suis pas très fan cette histoire de cet étalage d'action et de gore qui me semble un peu hors sujet. C'est agréable à suivre malgré l'utilisation un peu lourde des flashbacks tandis que le montage permet de ne pas trop voir le temps passé malgré les longueurs.

J'ai bien aimé les décors, un peu moins les costumes. Le masque fait gros clins d’œil risible et il faut arrêter de penser que mettre une armure de samouraï dans un film, ça fait cool, ce n'est pas toujours le cas.... La photographie me parait réussie avec différente lumière pour marquer les différentes périodes de ce récit tandis que la guerre est bien retranscrite tout comme l'après-guerre même si visuellement, c'est assez facile et peu novateur. Quant aux maquillages, ils font souvent faux à l'image des giclées de sang que l'on peut voir qui n'a jamais créer une once de terreur en moi.

Malheureusement, ça manque quand même d'une ambiance. Ça tranche avec les prédécesseurs mais il n'y a pas d'images vraiment forte ou marquante je trouve pour faire de ce volet un épisode indispensable. Puis vraiment, cette accumulation de violence finit par donner l'impression que l'on comble des trous qu'on ne savait pas comment remplir. Même la musique du film d'Ilan Eshkeri et Shigeru Umebayashi colle bien au film mais s'oublie assez vite sans prendre la peine de donner une âme à cette œuvre.

Pour résumer, je ne regrette pas vraiment d'avoir revu "Hannibal Lecter : Les origines du mal" mais ça reste pour moi l'épisode le plus faible de la franchise à ce jour selon moi. Ce n’est pas non plus totalement mauvais, il y a de très bonnes idées mais c'est dommage qu'elles soient noyées dans un flot de maladresses. Gaspard Ulliel sauve du mieux qu'il peut les meubles avec une réelle volonté de bien faire mais il ne réussit jamais à égaler la performance de Brian Cox et surtout celle d'Anthony Hopkins. Au final, c'est un divertissement que j'apprécie, ma note ressentie tient pour beaucoup de l'affection que je peux avoir pour le personnage d'Hannibal Lecter mais on aurait quand même pu avoir quelque chose de plus fort psychologiquement, un peu moins long et moins gratuit dans sa violence.

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