"- Pour ton info, je ne prends pas les auto-stoppeurs.
- Je n'ai pas levé mon pouce."


Lors de sa sortie en salles, "Hell Driver" me bottait bien. Cela avait l'air totalement décalé et je dois avouer que lorsque je suis en condition, je peux tout à fait avoir un faible pour ce genre de production. Cependant, je l'avais raté sur grand écran et c'est lors d'un de ses passages à la télévision que j'ai enfin pu le découvrir.

Si je ne regrette pas spécialement de l'avoir raté en salles (quoique ?), j'ai quand même passé un super moment devant ce film. Le scénario écrit par Todd Farmer et Patrick Lussier est juste jouissif. C'est du gros n'importe quoi totalement assumé et décalé. Le divertissement est présent et même si je pense qu'avec un meilleur traitement, on aurait pu avoir quelque chose de plus abouti, en l'état, j'en ai quand même eu pour mon argent en termes de spectacle.

Ça ne vole pas haut, c'est bourré de facilités, c'est même assez vide et prévisible et pourtant, qu'est-ce que je me suis éclaté. Cette façon de ne pas du tout se prendre au sérieux aide grandement pour apprécier ce film. Il y a des répliques qui m'ont énormément fait rire et même si c'est rempli de clichés, cette histoire de traque fantastique avec son lot de courses poursuite en bagnole classe, de gros calibres et de jolies filles a eu ce qu'il fallait pour me convaincre de rentrer dans le trip.

Nicolas Cage en John Milton semble prendre son pied dans ce nanar. Ce n’est sans doute pas le film qui fera redécoller sa carrière mais dans ses productions légères de ces dernières années, ce film est sans nul doute l'un des plus efficaces qu'il soit. En gentil badass, ça m'a vraiment fait plaisir de le voir. Dans l'ensemble, voir ce casting se prendre au sérieux dans une histoire qui est tout sauf sérieuse fait que cela a aussi amplifié mon plaisir. De même, j'ai vraiment bien accroché avec son duo avec Amber Heard qui fait une très bonne Piper, la jolie fille de service qui n'hésite pourtant pas à montrer les poings quand il le faut de façon très plaisante également.

A leurs trousses, même si j'ai l'impression qu'il joue toujours les mêmes types de personnages, j'ai beaucoup aimé aussi William Fichtner dans la peau du Comptable. Le charisme du comédien associé à son écriture détendu en font un rôle très simple aussi mais diablement efficace. D'ailleurs, je regrette presque qu'on ne le voit pas davantage même si il propose un bon équilibre avec Billy Burke en Jonah King, une autre caricature qui rajoute un peu plus de folie dans cet univers. Le reste de la distribution est plus anecdotique même si chacun fait son boulot. J'ai juste ressenti un peu de frustration de ne pas voir davantage David Morse, qui est un acteur que j'apprécie fortement, en Webster.

La réalisation de Patrick Lussier m'a bien plu aussi. Pourtant, j'ai conscience que l'ensemble est cinématographiquement assez laid. J'ai vu le film en 2D donc je ne sais pas si la 3D atténue tout ça (ce que je n'espère pas bizarrement) mais de bout en bout, on sent la grossièreté dans les effets spéciaux parfois très douteux ou encore les incrustations très risibles. Les différents plans s'enchaînent de façon assez grotesque aussi dans cette mise en scène qui en rajoute encore plus dans la surenchère.

Mais contre toute attente, c'est aussi ce que j'ai aimais. Cela fait partie du délire à mes yeux. C'est du gros n'importe quoi qui s'assume et l'ensemble bien kitsch m'a aidé à prendre mon pied devant ce film. Je l'ai savouré comme un bon gros comics de cinéma qui ne lésine pas pour aller toujours plus loin. Tant pis pour la crédibilité et même si je comprends qu'on ne puisse pas adhérer au projet, de mon côté, cela a fait mouche et même si le visuel est parfois atroce, ça fonctionne quand même pour moi.

J'ai adoré cette lumière et cette photographie flashy qui ne lésine pas sur les couleurs vives. Les décors sont eux aussi un élément très important dans ce spectacle avec ses routes bien exploitées et ses lieux qui collent à merveille à l'ambiance. Que dire aussi des différents costumes qui en rajoutent une couche ou encore des différents maquillages qui font qu'on ne peut définitivement pas prendre ce film au sérieux. J'ai beaucoup apprécié cette bande originale composée par Michael Wandmacher également. On s’attend à chaque morceau mais la musique a aussi contribué à me mettre le sourire aux lèvres.

Pour résumer, je comprends aisément qu'on ne puisse pas forcément accrocher à "Hell Driver" car d'un point de vue cinématographique, cela peut s'avérer désastreux. Je ne me risquerais pas à le conseiller. Cependant, ce grand n'importe quoi décalé est tellement assumé, que de mon côté, le film est devenu très jouissif. J'ai été pris dans ce spectacle du début jusqu'à la fin. J'ai adoré les différentes répliques bien fendardes, le gros trip de cette histoire, la surenchère dans son interprétation, dans sa réalisation... Bref, je ne m'attendais pas à passer un aussi bon moment. Honnêtement, je pense qu'on aurait peut-être pu aller plus loin en soignant davantage le fond et la forme mais en l'état, j'ai quand même pris mon pied devant ce comics déjanté que je ne manquerais pas de revoir. Un bon gros nanar de qualité qui plaira très certainement aux amateurs du genre.

4.0