La Forteresse Noire

"Vieillard, les vrais cauchemars sont ceux que l'Homme infligent à l'Homme pendant cette guerre. Les mauvais rêves de la Forteresse sont des rêves d'enfants en comparaison."

La seule fois où j'ai vu "La Forteresse noire", c'était il y a 5 ou 6 ans (je ne me souviens plus trop) lors de sa diffusion à la Cinémathèque de Paris. Depuis, je n'avais pas revu ce film bien que j'en gardais un bon souvenir. Continuant mon cycle consacré à Michael Mann, ce fut donc avec un certain plaisir que je me suis mis à le redécouvrir récemment.

Dans son ensemble, le film me plait toujours autant. Pourtant, au début c'est assez long et lent à se lancer mais une fois que cela commence réellement, j’accroche beaucoup à ce scénario écrit par Michael Mann d'après l’œuvre de F. Paul Wilson. Ce mélange de film fantastique et de film d'épouvante a su m'entraîner avec lui. C'était pas gagné d'avance car le style est assez particulier mais derrière les différentes facilités que peut avoir le récit, j'ai beaucoup aimé avec quelle intelligence tout est mis en place.

Derrière cette fiction, j'ai beaucoup aimé cette critique d'un monde en guerre et des atrocités que ce dernier est capable de commettre. L'oppression, l'injustice, la tyrannie, la condescendance, cette sensation de penser qu'un être peut être supérieur à un autre... Il n'y a foncièrement rien de bien nouveau dans ce décryptage de l'ère nazi mais l'ensemble est brillamment écrit tandis que ce côté fantastique rend vite le tout très fascinant et très captivant, bien porté par une poésie et un lyrisme ambiant très agréable. Petit plus, le scénario possède aussi quelques répliques sympathique je trouve.

Devant la caméra, la distribution fait un très bon boulot. Tout n'est pas parfait car malgré son sérieux on ressent des légèretés mais le casting à su m'emmener avec lui à commencer par Jürgen Prochnow en Capitaine Klaus Woernmann dont j'ai bien aimé l'évolution même si elle apparait un peu brutal surtout par rapport au discours que son personnage tient au début. Face à lui, on à un Gabriel Byrne excellent en Major Kaempffer. Déjà très charismatique, le comédien s'impose très vite et sait susciter la terreur lorsqu'on le voit à l'écran sans forcément avoir besoin de tomber dans la surenchère.

C'est toujours agréable également de revoir à l'écran Ian McKellen. Dans la peau du Docteur Theodore Cuza, il n'a sans doute pas le meilleur rôle de sa carrière mais il donne bien vie à son personnage. J'ai apprécié d'ailleurs que vers la fin, on montre un peu quelques zones d'ombres chez lui. Des zones d'ombres compréhensible au regard de ce que son personnage vit mais j'ai aimé que son rôle ne soit pas totalement "pur" du côté des gentils. Scott Glenn en Glaeken Trismegestus m'a lui semblé cabotiner un peu trop. C'est pas trop dérangeant car il vient vraiment tard dans l'intrigue mais il reste néanmoins trop en dessous des autres je trouve.

A côté, même Alberta Watson dans la peau d'Eva Cuza, qui est pourtant elle aussi très légère, m'a moins dérangé. Pourtant, je n'ai pas toujours trouvé une grande utilité à son personnage (malgré quelques scènes assez forte) mais sa légèreté m'a moins marqué durant mon visionnage. Le reste du casting est très bon sinon. J'ai bien apprécié par exemple Robert Prosky en Père Fonescu et je regrette un peu que les autres soldats allemands ainsi que la population du village roumain soit un peu trop mis en retrait.

Côté mise en scène, une nouvelle fois j'aime beaucoup le travail de Michael Mann. Le film commence à dater visuellement, sous plusieurs aspects il parait même très kitsch mais je le trouve quand même très beau à suivre. Il a un charme certain qui colle bien avec l'ambiance généré et qui le met un peu à part de ce que la production horrifique et fantastique peut faire. Ce long métrage possède sa propre identité et c'est l'un de ses plus grands atouts.

Après le montage est parfois un peu brutal. Il y a des coupes un peu brusques et on sent que certains enchaînements ne sont pas naturel (comme pour la "romance" qui du coup devient assez risible). Après, je n'en tiens pas trop rigueur (même si ça se ressent fortement) car, comme la dernière fois lorsque j'avais vu ce film à la Cinémathèque, j'ai visionné la version monté par le studio d'une heure et demie et qui est renié par Michael Mann lui-même (à la base, son film devrait durer 3 heures 30 apparemment).

Quoiqu'il en soit, ça me fait quand même son petit effet et c'est efficace pour moi. Les effets visuels souffrent du temps qui passe mais il y a quand même quelques petits trucs qui fonctionnent comme les effets de fumée qui contribue au lyrisme de l’œuvre à mes yeux. Même chose pour les maquillages (malgré un Golem que je trouve pourtant excellent) ainsi que pour les décors que je trouve parfait (on est vite pris par cette mystérieuse Forteresse). Du coup, c'est dommage qu'il n'y ait pas plus de détails qui me sautent aux yeux du point de vue des costumes car encore une fois, même si ça se voit à l'écran, je trouve que le film vieillit bien. Il fait son époque mais ça marche.

Il faut dire aussi que tout est très bien calibré. On a des plans d'une très grande beauté avec une mise en scène symétrique. Comme toujours, on voit le soin que Michael Mann apporte à l'ensemble de son long métrage. Il y a une photographie magnifique avec un jeu de lumière extraordinaire. Des jeux d'ombres que je trouve très beaux. Visuellement, c'est vraiment très réussis je trouve et au-delà du fait que le film ne soit pas édité à ce jour en Blu-Ray et/ou en Dvd, je comprends assez facilement pourquoi ce long métrage à un statut d’œuvre culte. La bande originale composée par Tangerine Dream me plait beaucoup aussi avec son caractère un peu hypnotique et ses mélodies envoutantes.

Pour résumer, ce fut un véritable plaisir pour moi de revoir "La Forteresse noire". Le film date un peu et possède ses défauts mais malgré un début un peu poussif, il a su m'entraîner avec lui de bout en bout. Je ne lui donne pas une note ressentie plus élevé car ça m'embête un peu de ne pas pouvoir voir la version du réalisateur mais celle du studio (surtout qu'on sent qu'il manque des passages importants) mais j'apprécie quand même beaucoup ce film d'épouvante fantastique avec sa poésie et son lyrisme. Michael Mann (toujours aussi efficace dans sa réalisation) a su donner une âme à son œuvre pour la faire un peu sortir du lot et j'espère vraiment qu'un jour ce film aura la ressortie qu'il mérite.

4.0