"Vos critères d'adoption ? Vos critères d'adoption ils sont tellement enfoncés dans votre cul, qu'ils ne voient même pas la lumière du jour."

Si j'ai décidé de me faire un cycle consacré à Michael Mann, c'est parce que c'est un cinéaste dont j'aime beaucoup le travail. Il y avait quand même des longs métrages que je ne connaissais pas et ce cycle était l'occasion pour moi d'y remédier. Premier long métrage de cinéma, "Le Solitaire" faisait partie de ses films que je n'avais encore jamais vu et c'est donc avec beaucoup d'enthousiasme que je me suis mis à le découvrir en Blu-Ray.

L'enthousiasme de mon côté est resté de bout en bout durant ma projection. En effet, j'ai vraiment beaucoup aimé ce scénario écrit par Michael Mann d'après l’œuvre de Frank Hohimer. Dans un genre auquel il deviendra une référence par la suite, Michael Mann nous raconte une bonne histoire de gangsters comme le septième art peut nous en offrir. La glorification de ses anti-héros ne véhicule peut-être pas une bonne image (en même temps c'est pas la première fois une telle glorification au cinéma) mais cette façon, grâce à la fiction, de pouvoir imaginer que l'on franchit la frontière, nous offre un certain plaisir il faut le reconnaître, un plaisir qu'à bien su exploiter ce récit.

Bien qu'il soit riche en défauts, j'ai apprécié le fait que notre "héros" soit un gangster qui s'assume totalement. Malgré ses actes que l'on ne peut pas cautionner, j'ai trouvé très intéressant la façon qu'à cette histoire de nous le rendre presque sympathique dans ce milieu déjà bien gangréné où même la police n'est pas si blanche que ça. De plus, en terme de films de gangsters avec cambriolages, j'ai trouvé que ce thriller était plutôt riche en tension, ce qui aide à rester en haleine, le tout saupoudré de quelques répliques bien senties qui font plaisir dans ce genre de production.

Devant la caméra, James Caan en Frank est parfait. Ce anti-héros s'inscrit dans la lignée des gangsters ayant marqué le cinéma. Très charismatique, j'ai beaucoup aimé cette façon très décontracté quoiqu'il arrive, que l'acteur a su donner à son personnage. Je pense que même si le film le glorifie un peu trop (sans pour autant faire abstraction de ses défauts encore une fois), la sympathie que j'ai pu ressentir à son égard est beaucoup dû à l'interprétation de James Caan qui fait un sans-fautes à mes yeux.

Derrière lui, le reste de la distribution suit le mouvement et reste également au même niveau à l'image d'un James Belushi que j'ai apprécié dans la peau de Barry. Bien qu'un peu caricatural, j'ai bien aimé aussi Robert Prosky en Leo dont l'une des dernières scènes où son personnage dévoile son jeu m'a beaucoup plu aussi. Quant à Tuesday Weld en Jessie, je l'ai bien aimé aussi mais je regrette que le film ne l'exploite pas davantage. Je pense qu'il y avait pourtant matière à lui donner un peu plus d'importance. Même constat pour Willie Nelson en Okla dont les quelques apparitions m'ont plu.

Pour son premier film de cinéma, Michael Mann signe en tout cas une excellente réalisation. Comme toujours, j'ai été bluffé par ce travail que je trouve très soigné et d'un esthétisme réussi. Je ne sais pas si la restauration du film en Blu-Ray joue ou pas en sa faveur mais un tel résultat pour un premier long métrage mérite vraiment d'être mis en avant. De plus, dès ce film on va retrouver les thèmes qui seront chers au réalisateur ainsi que cette façon de filmé un peu froide mais très intense que j'aime beaucoup.

Le seul petit défaut que je pourrais lui donner, c'est dans son montage. Le film possède des longueurs qui font que selon moi, on aurait très bien pu lui enlever vingt minutes faciles. On aurait gagné en rythme je pense car certaines scènes m'ont vraiment paru trop longue comme la scène d'ouverture par exemple. Après, cela ne m'a pas empêché de ne pas m'ennuyer une seule seconde et je dois avouer que malgré tout, je n'ai pas vraiment eu la sensation que ce film durait deux heures.

Un autre aspect que j'aime dans le cinéma de Michael Mann et que l'on retrouve également ici, c'est la beauté de la photographie. Une photographie magnifique qui exploite très bien sa lumière ainsi que ses différents décors tout en nous offrant des plans que je trouve très beaux. Quant à la musique composée par Edgar Froese, Christopher Franke et Johannes Schmölling, bien que je l'ai trouvé un peu trop lourde et bien trop présente au début, je m'y suis vite fait ensuite. Elle fait en tout cas bien parti de cette ambiance de polar noir comme je l'aime et j'ai même eu de l'affection pour la musique que l'on peut entendre lors du générique de fin.

Pour résumer, il m'aura fallu du temps mais je ne regrette vraiment pas d'avoir enfin découvert "Le Solitaire". Le long métrage n'est pas totalement parfait à mes yeux mais il a le mérite d'être prenant et de m'emmener avec lui malgré une glorification du gangster que l'on a depuis eu l'habitude de voir au cinéma. Si le film possède quelques longueurs, l'interprétation très convaincante des acteurs et notamment de James Caan ainsi que la brillante réalisation de Michael Mann font que j'ai beaucoup aimé ce thriller. C'est en tout cas un film que je reverrais volontiers et dont certaines répliques m'ont bien amusé. Un film de gangsters qui ne nous ment pas sur sa marchandise et un premier long métrage diablement efficace.

4.0