"Vous avez eu un AVC collectif ?"

Bien que n'ayant pas vu "Miséricorde" (la précédente enquête du département V) sorti en VOD et que je ne désespère pas de pouvoir mater un jour, j'avais une grande hâte de découvrir "Les enquêtes du département V : Profanation" à savoir sa suite. Il faut dire aussi que la bande annonce m'avait mis l'eau à la bouche en me proposant quelque chose qui avait de fortes chances de me plaire.

Et je ne me suis pas trompé. En effet, j'ai vraiment adoré ce film. Le scénario écrit par Nikolaj Arcel et Rasmus Heisterberg d'après l’œuvre de Jussi Adler-Olsen n'est pas parfait mais on y découvre une violence et une noirceur de la nature humaine que j'apprécie beaucoup et qui a le don de me fasciné. C'est donc avec beaucoup de plaisir que je me suis plongé dans cette enquête dès les premières secondes sans jamais pour autant en décrocher malgré sa durée de deux heures.

Pourtant, l'histoire n'est pas exempt de défauts. Je ne ferais aucune comparaison avec le livre d'origine que je n'ai pas lu mais le récit joue quand même sur quelques facilités dans son intrigue. Si côté noirceur et psychopathes bien timbrés, on en a pour notre argent, en ce qui concerne l'enquête à proprement parler, le suspense n'est pas toujours au rendez-vous. En effet, dès le début et sans forcément avoir besoin des flashbacks, on comprend très vite ce qui s'est passé. Les flashbacks rendent l'intrigue plus limpides, plus simples mais avant ce procédé, tout est déjà bien clair.

C'est d'ailleurs un peu dommage car du coup, je n'ai pas retrouvé beaucoup de surprises. Je n'ai pas eu de rebondissements qui m'ont fait sauter de mon fauteuil. Cependant, même avec toutes les clés en main, j'étais curieux de voir comment notre duo d'enquêteur allait réussir à coincer les coupables et cette plongée dans un monde de violence et de pouvoir, bien qu'assez classique dans son fond, n'en demeure pas moins plutôt plaisant à suivre je trouve surtout avec justement ses enquêteurs complémentaires qui forme une très bonne équipe.

J'ai ainsi beaucoup aimé Nikolaj Lie Kaas en Carl Mørck. Son côté solitaire avec ses cicatrices psychologiques bien visible et la clope au bec lui donne un petit côté caricatural mais cela ne m'a pas dérangé. Bien au contraire, ça donne même du charme au film et à son ambiance. Avec lui, Fares Fares en Assad apparait un peu plus léger mais il est tout aussi charismatique et important dans ce tandem, chacun apportant quelque chose à l'autre. J'ai d'ailleurs eu de la sympathie pour ses deux personnages malgré les défauts qu'ils peuvent avoir. Un peu plus en retrait, j'ai apprécié aussi Johanne Louise Schmidt en Rose Knudsen, personnage très frais que j'aurais aimé voir davantage exploité.

Du côté des grands vilains, Pilou Asbæk en Ditlev Pram est assez angoissant. L'acteur livre d'ailleurs une très belle performance. Il n'a pas forcément la tête de l'emploi je trouve mais il réussit néanmoins très vite à devenir terrifiant tout comme son alter ego jeune qui est bien interprété par Marco Ilsø. Lui aussi dispose d'un acolyte dans ses méfaits qui s'avère un peu plus en retrait mais tout aussi efficace en la personne de David Dencik en Ulrik Dybbol. Son évolution est d'ailleurs assez intéressante tout comme sa place aux côtés du grand patron. Philip Stilling joue bien le jeu également pour ce personnage jeune.

Au milieu de tout cela, on retrouve Danica Curcic en Kimmie Lassen. L'actrice incarne bien le côté paumé de son rôle tout en lui donnant un caractère assez fort et un final à la hauteur de son évolution. Toute proportion gardée bien sûr, son rôle m'a beaucoup fait penser à celui de Lisbeth dans la saga "Millénium", autre franchise à succès nordique. Pour jouer ce personnage jeune, Sarah-Sofie Boussnina s'en sort très bien et apporte dans son regard des choses que j'ai beaucoup aimé et qui nous montre bien aussi comment cette dernière va vite être "contrôlé" sans que ce soit trop lourd.

Le reste du casting est un peu moins important dans cette intrigue mais joue quand même bien le jeu. Il y a en tout cas quelques acteurs que j'ai appréciés même si on les voit peu à l'image de Beate Bille dans la peau de Thelma Pram. Je pense d'ailleurs qu'on aurait pu jouer davantage avec elle aussi, je regrette que par moment on l’éclipse totalement du récit alors qu'on pouvait penser qu'elle aurait pu avoir plus d'importance que ça. Kristian Høgh Jeppesen en Bjarne Thøgersen est lui aussi très bon même si on le voit peu tout comme son homologue jeune à savoir Adam Rower.

La réalisation de Mikkel Norgaard est aussi impeccable. Elle me donne d'ailleurs encore plus envie de découvrir le premier film même si ce deuxième volet peut vraiment se voir indépendamment comme une enquête à part. Je n'ai pas encore vu "Miséricorde" à ce jour mais je n'ai jamais eu la sensation d'être perdu ni même d'être étouffé par une présentation lourdingue des personnages ou de l'intrigue. Cette mise en scène est vraiment d'une efficacité remarquable et c'est aussi grâce à elle je pense que malgré le manque de suspense dans cette enquête que j'ai été pris de bout en bout.

La photographie est vraiment magnifique avec un jeu de lumière très bon aussi qui est bien loin des couleurs froides que l'on peut s'attendre à retrouver dans le cinéma nordique. De façon totalement assumé, on ressent bien vite les inspirations du réalisateur pour les thrillers américains. J'ai d'ailleurs souvent pensé à David Fincher et à son "Seven" ainsi que son "Zodiac". Très américanisé dans son style mais avec son identité bien à lui, le long métrage est visuellement d'une grande beauté.

Même dans la violence, on ne tombe jamais dans la surenchère gratuite ou dans le voyeurisme. C'est souvent dur psychologiquement mais la forme est si bien traité que l'on tombe jamais dans l'excès. Cette réalisation avec son ambiance bien particulière contribue vraiment à la réussite du long métrage à mes yeux. Le montage est lui aussi bien ficelé. Les flashbacks sont pas forcément toujours utile mais bien intégré au récit et malgré la durée, je n'ai jamais ressenti trop de longueurs ni d'ennui. Quant à la bande originale composée par Johan Söderqvist, Patrik Andrén et Uno Helmersson, elle est assez classique dans son genre mais colle bien avec cette atmosphère glauque et violente.

Pour résumer, je ne regrette vraiment pas d'avoir été voir "Les enquêtes du département V : Profanation". L'ensemble apparait souvent facile dans son traitement mais j'ai quand même été pris de bout en bout grâce à une superbe interprétation ainsi qu'une mise en scène remarquable qui n'a rien à envier aux plus grands thrillers américains tout en ayant sa propre touche personnelle. Décidément, le cinéma nordique continue de m'apporter son lot de surprises et si je devais n'avoir qu'un regret, c'est celui de ne pas encore avoir vu "Miséricorde" (même si ce n'est pas dommageable pour voir cette suite) mais c'est une erreur que j'espère pouvoir réparer prochainement. Quoiqu'il en soit, c'est le genre de films que j'aime beaucoup et il a réussi à combler mes attentes au point que j'aimerais maintenant en voir davantage.

4.0