Tout comme "Charlie et la chocolaterie" que j'ai revu récemment, depuis sa sortie au cinéma je n'avais pas revu "Les noces funèbres" avec sérieux. Occupé à chaque fois et le regardant sans forcément me concentrer dessus, j'en gardais en tout cas un très bon souvenir et c'est donc avec beaucoup de plaisir que je l'ai revu.

Avec un tel projet de Tim Burton, la comparaison avec "L'étrange Noël de Monsieur Jack" est tentante. Pourtant dès les premières minutes on se rend vite compte qu'il s'agit là de deux œuvres bien différentes. Si le scénario de John August, Caroline Thompson et Pamela Pettler possède quelques légères similitudes comme la découverte d'un autre monde ce conte boxe dans une autre catégorie que le film d'Henry Selick. Ici, sous ses allures de film d'animation sympathique le film aborde le thème de la vie et de la mort avec beaucoup de justesse. Il y à beaucoup de fantaisies dans les propos mais aussi une bonne dose de réflexion sur l'au-delà. La différence entre les différentes classes sociales, le mariage forcé (et par extension le véritable amour), le mariage etc etc dans une société conservatrice du XIXème siècle sont autant de thème abordés qui rende cette histoire consistance et qui l'as rendront des plus intéressante. Du coup, les enfants s'émerveilleront tout comme les adultes qui y trouveront un film profond. Entre les deux, on pourra aussi être surpris du petit côté épouvante que recèle ce film (je suis curieux de savoir comment réagi un enfant en bas âge devant ce film d'animation) et qui lui va à ravir. On découvre aussi deux mondes à la fois totalement différent mais extrêmement complémentaire le tout traité avec intelligence. Totalement burtonien dans le traitement de la mort joyeuse et de la vie plus triste, cette fois ci en tout cas Tim Burton revendique clairement ce film sans avoir à se cacher derrière un statut de producteur. On est bel et bien devant une de ses histoires (le cinéaste - ainsi que Carlos Grangel - s'est inspiré de la légende russe de la défunte mariée et du malheureux prince qu'elle ravit au monde des vivants pour dessiner ses personnages) et on sens que c'est non seulement un registre qu'il affectionne mais en plus un sujet qu'il maitrise.

Une nouvelle fois n'est pas coutume pour un film d'animation, je ne m'attarderais pas sur la version originale car j'ai à chaque fois vu ce film dans sa version française. Pour sa cinquième collaboration avec le réalisateur Johnny Depp fait ses premiers pas en tant que doubleur et son association avec Helena Bonham Carter apparait comme une évidence. On retrouve aussi Christopher Lee, Albert Finney, Michael Gough, Danny Elfman ou encore Deep Roy qui fait que le réalisateur s'est encore entouré de sa famille cinématographique. Je ne vais pas donner mon avis pour ce film mais en tout cas sur le principe cela ne me choque pas car ses comédiens partagent son univers et colle en général très bien avec les personnages qu'on leur attribue (et dans l'idée que je me suis faite j'ose imaginer que c'est encore le cas ici ;-) ). Pour la version française, j'ai rien de particulier à dire. Les voix sont bien choisi à commencer par Bruno Choel, choix logique puisque le doubleur à souvent prêter sa voix à Johnny Depp et qu'une grosse partie de la promotion est centré sur la présence de l'acteur au casting original. J'ai trouvé la voix de Bruno Choel juste. Il à su apporter la naïveté nécessaire à son personnage et le fait d'être doubleur pour un film d'animation ici lui permet de s'émanciper un peu dans le timbre de voix à celui qu'il donne à Johnny Deep en temps normal je trouve (on reconnait la musicalité de la voix et en même temps il y à un petit quelque chose de différents d'appréciable à mes yeux que je ne saurais identifier par des mots). Laurence Bréheret s'en sors bien aussi et apparaissant également comme un choix logique puisqu'elle à déjà doublé Helena Bonham Carter ce qui fait que le public français peut fortement s'identifier et reconnaître le couple star hollywoodien qui est mis en avant sur l'affiche. J'ai bien apprécié aussi la voix de Gabriel Le Doze dans le rôle de Barkis tout comme Serge Faliu dans celui de l'asticot. C'est un plaisir aussi de retrouver dans cette distribution vocale Olivier Constantin et Daniel Beretta (déjà présent pour "L'étrange Noël de Monsieur Jack" ;-) ) mais les deux voix qui sors un peu du lot pour moi et que j'ai le plus aimé reste Pierre-François Pistorio, excellent Bonesjangles et Pierre Hatet qui fait un excellent pasteur (et m'as fait rappeler avec beaucoup de joie Le Doc de "Retour vers le futur", ce doubleur étant la voix française de Christopher Lloyd dans de nombreux films). La distribution française est en tout cas très bonne. Elle n'est pas spécialement transcendante car comme je le dis plus haut les choix des doubleurs apparaissent presque comme une évidence mais chacun fait son travail et donne bien vie à son personnage.

Cette fois ci pour la mise en scène, plus la peine de se cacher. Tim Burton revendique ce film et on reconnait la signature du réalisateur. Conséquence ? Les fans retrouveront avec délectation tout son univers mais cette fois ci après Henry Selick s'est au tour de Mike Johnson de se retrouver un peu trop oublié (j'ai un peu de peine quand le travail de quelqu'un n'est pas forcément reconnu). Quoiqu'il en soit, ce duo de metteur en scène fait des merveilles. Un peu trop même... Là où je trouvais qu'il y avait du charme et de la vie dans le côté kitsch de "L'étrange Noël de Monsieur Jack", ici l'animation m'as semblé trop parfaite. Quasiment sans imperfection, l'animation est fluide, agréable à regarder et nous offre des scènes d'une beauté inouïe (la Mariée qui regarde la lune, Victoria sous la pluie, Victor dans la forêt, la dernière apparition de la Mariée etc etc sont autant de passages pour ne citer que ceux là car il y en à encore beaucoup d'autres qui nous offrent des tableaux magnifiques). Les ombres sont utilisés à merveilles nous montrant de très beaux contrastes et même si c'est une chose que Tim Burton avait déjà montré plus subtilement dans "Beetlejuice", j'ai beaucoup aimé cette idée du monde des vivants sombres et sans vie justement à l'inverse du monde des morts très colorés et joyeux. L'excellente qualité de cette mise en scène contribue grandement à la réussite du film qui esthétiquement est une vraie œuvre d'art. Les décors aussi sont très bien ficelés avec un travail très abouti jusqu'au moindre détail (sympa le petit clin d'œil à Ray Harryhausen ;-) ) qui font que l'on est dans un univers burtonnien comme on les aimes. J'ai bien aimé aussi les costumes qui sans forcément rechercher dans la difficulté (hormis celui de la Mariée que j'ai trouvé le plus complexe mais aussi le plus beau) colle au traits de caractères des personnages et à leurs mondes avec encore une fois des costumes sombre pour les vivants et colorés pour les morts (Victor apparaissant ainsi ironiquement comme la personne la moins vivante dans le monde des morts). La bande originale de Danny Elfman est elle aussi sublime (c'est l'une de mes préférés ^^ ) avec des thèmes musicaux qui m'ont pris aux tripes comme le duo entre la Mariée et Victor au piano que j'ai trouvé très émouvant musicalement ou encore les passages chantés qui sont excellents.

Pour résumé, j'ai vraiment adoré "Les noces funèbres". Le long métrage d'animation perd un peu le côté "vivant" et "humain" que la stop motion apportait à "L'étrange Noël de Monsieur Jack" à cause de son utilisation quasi parfaite ici mais cela reste au service de cette histoire plus profonde que j'ai beaucoup apprécié. Les scènes s'enchainent à merveilles nous offrant à chaque fois de beaux tableaux le tout avec une poésie burtonnienne comme on les aimes. Le film de Tim Burton et Mike Johnson défile très vite sous nos yeux en tout cas, j'ai passé un excellent moment et je le recommande fortement.

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