"- Tiens je savais pas que t’aimais les pigeons.
- Oh tu sais moi j’aime tous ce qui sait fermer sa gueule."


Bien qu'ayant souvent entendu parler de "Sleepers", je n'avais jamais vu ce long métrage avant aujourd'hui. J'ai profité d'un passage à la télévision pour enfin le découvrir et je dois bien dire que c'est surtout sa distribution qui a su attiser ma curiosité car avant mon visionnage, je ne savais même pas de quoi ça parlait.

C'est sans doute pour cela que j'ai été happé par ce scénario écrit par Barry Levinson et Lorenzo Carcaterra d'après l’œuvre de ce dernier. Je ne m'attendais vraiment pas à retrouver un drame dont la violence psychologique soit si intense. En effet, le film commence certes comme un petit film gentillet nous présentant une bande de potes bien sympathique mais le tout va vite s’accélérer pour devenir plus dur. Ce drame ne m'a vraiment pas laissé indifférent, trouvant même son paroxysme lors des passages en prison où cette violence enfantine est à la limite du supportable.

S'étalant sur plusieurs années, j'ai trouvé ça très intéressant de voir comment un quartier peut avoir ses propres règles, sa propre façon de régler ses comptes, quasiment sa propre culture mais plus que tout, j'ai trouvé cette façon de briser le passage du monde de l'enfance au monde des adultes très perturbant. Sous plusieurs aspects, le scénario est très brutal. Plus qu'une simple histoire de vengeance et de petits gangsters, cette histoire est écrite avec beaucoup d'intelligence afin de nous captiver de bout en bout et de nous donner quelques chose de fort.

Le casting est lui aussi très convaincant. Cette distribution de luxe se met à merveille au service de ce long métrage. Bien qu'en temps normal, j'ai des difficultés avec les jeunes acteurs, la bande composée par Joseph Perrino (Lorenzo 'Shakes' Carcaterra), Brad Renfro (Michael Sullivan), Geoffrey Wigdor (John Reilly) et Jonathan Tucker (Tommy Marcano) est vraiment très bon. C'est parce que le sort qu'ils subissent n'est pas du tout proportionnel à leurs actes que l'on ressent tout de suite une grande empathie pour leurs personnages malgré leurs défauts.

Pour les interprétés à l'âge adulte, le choix des comédiens est également très bon. Bien que peut-être un peu effacé, Jason Patric fait un excellent Lorenzo et c'est toujours un plaisir de retrouver Brad Pitt à l'écran qui joue ici un touchant Michael Sullivan même si j'avoue que j'aurais aimé en voir plus de lui. Un peu en retrait aussi car on ne leur laisse pas le temps de s'exprimer dans le récit à l'âge adulte, Ron Eldard et Billy Crudup, respectivement John Reilly et Tommy Marcano, sont eux aussi très bon. Que ce soit durant leurs jeunesses ou bien plus tard une fois qu'ils se retrouvent, ce quatuor est efficace, il fonctionne et il y a une parfaite alchimie dans le choix des acteurs qui leurs prêtent leurs traits.

La suite du casting n'est pas en reste. Kevin Bacon en Sean Nokes est glaçant dans la peau de son personnage. Il incarne ici un parfait salaud bien terrifiant avec une gestuelle et un regard impeccable. Lui et l'ensemble de ses collègues dans la prison sont des choix judicieux. J'ai bien aimé aussi Dustin Hoffman en Danny Snyder. Un peu perturbant au début de le voir jouer un rôle à côté de ses pompes, j'ai bien aimé son évolution ainsi que son écriture qui est intéressante.

Vittorio Gassman en King Benny est très bon. Son personnage fait un peu caricatural mais j'ai aimé ce côté protecteur qu'il peut avoir tout comme j'ai aimé le fait qu'on ne le voit pas tuer à tout va. Minnie Driver en Carol Martinez est, pour sa part, malheureusement un peu en retrait. C'est dommage car du coup, sa présence n'est pas toujours justifiée. Son utilisation sur le regard vis à vis de la femme que notre bande de potes peuvent avoir suites aux tortures qu'ils ont subies n'est pas très exploités. Je le regrette un peu car il y avait matière je pense à creuser davantage sur les séquelles qui les poursuivent après un tel traumatisme.

J'ai eu en revanche un très gros coup de cœur pour Robert De Niro en Père Bobby. Le comédien est comme toujours très charismatique et on y retrouve sa gestuelle habituelle mais ce rôle lui va vraiment bien. On le voit trop peu mais à chaque fois, ça m'a fait bien plaisir surtout que l'approche de la religion dans ce récit n'est jamais trop lourd ni étouffant. Avec un tel prêtre, on aurait presque envie de se convertir tout de suite. Ses dialogues sont parfois un peu prévisible mais pas dénué d'intérêt et contribue à l'avancement psychologique de nos personnages.

Barry Levinson fait du très bon travail sinon dans sa mise en scène. C'est très agréable à suivre et bien que le sujet s'étale sur des années, ça passe plutôt bien. Le cinéaste à très bien su retranscrire trois ambiances différentes représentant bien trois aspects différents de la vie de notre bande. Dans la première partie, la photographie et la lumière chaleureuse nous fait retrouver une partie de notre jeunesse avec cette innocence et les conneries que l'on peut faire. Vient ensuite une réalisation plus froide, plus brut, plus dur avec tout le passage à la prison qui marque bien les esprits et vient ensuite une troisième partie plus académique avec le temps du procès et de la manipulation de son jugement.

Le fait de bien montrer trois périodes bien distinctes est une très bonne idée surtout que grâce au montage, cela s'emboîte très bien les unes avec les autres. Il y a sans doute quelques longueurs, le film aurait peut être gagné en rythme à être un tantinet plus court mais il m'a à chaque fois gardé avec lui. Toute cette évolution dans le récit est très bien construite et même le travail sur les décors et les costumes sont parfaits. Quant à la bande originale composée par John Williams, elle n'est certes pas très inspirée mais elle n'étouffe jamais le film et ne joue jamais avec une surenchère dans l'émotion.

Pour résumer, "Sleepers" est une très bonne découverte. Je pourrais le revoir mais je n'en abuserai pas pour autant. Le film est assez dur psychologiquement, en tout cas il ne m'a pas laissé indifférent et il nous permet de porter un regard intéressant sur la jeunesse, le passage à l'âge adulte ainsi que le thème de la réinsertion dans la société. Porté par un casting de luxe et une mise en scène efficace, le long métrage de Barry Levinson vaut en tout cas le détour. Une œuvre forte que je recommande en tout cas.

4.0